Apprendre à parler chinois
Introduction
Pour les débutants en chinois, les caractères chinois sont l’un des principaux obstacles. Il suffit d’ouvrir une page écrite en chinois pour comprendre pourquoi : là où quelques dizaines de lettres suffisent à écrire le français, le chinois utilise des milliers de caractères différents.
Mais une question se pose alors : si votre objectif est avant tout de parler chinois, avez-vous vraiment besoin d’apprendre les caractères ?
Après tout, les caractères servent à lire et à écrire. Un petit Chinois apprend d’ailleurs à parler sa langue bien avant de savoir lire. Pourquoi un adulte français ne pourrait-il pas faire la même chose et apprendre le chinois uniquement à l’oral, en utilisant par exemple le pinyin pour noter la prononciation ?
C’est possible. Du moins jusqu’à un certain point. Car si les caractères ne sont absolument pas indispensables pour commencer à parler chinois (le preuve avec les petits Chinois), leur rôle change progressivement à mesure que l’apprentissage avance. Et surtout, apprendre les caractères ne signifie pas nécessairement apprendre à écrire à la main des milliers de signes.
Cet article permet de faire le point sur cette question récurrente qui hante l’esprit des nouveaux apprenants : ai-je vraiment besoin des caractères pour apprendre à parler chinois ?
Réponse rapide
Non, les caractères chinois ne sont pas indispensables pour commencer à parler chinois. Vous pouvez apprendre la prononciation, du vocabulaire et vos premières phrases uniquement à l’oral, en vous aidant du pinyin.
Mais à mesure que votre niveau progresse, les caractères deviennent de plus en plus utiles : ils permettent de distinguer des mots qui se prononcent de la même manière, de mieux comprendre la construction du vocabulaire et, bien sûr, d’accéder à la langue écrite.
Ne vous imposez donc pas d’apprendre des milliers de caractères avant de commencer à parler, mais introduisez-les progressivement en associant leur forme, leur prononciation et leur sens.
Lorsqu’un Français décide d’apprendre l’espagnol, l’italien ou l’anglais, il découvre certes une nouvelle langue, mais il conserve un avantage indéniable : il sait déjà lire son système d’écriture. Oui, les mots sont nouveaux, leur prononciation peut être différente, la grammaire aussi, mais les lettres restent familières.
Avec le chinois, la situation est différente. À la difficulté normale que représente l’apprentissage d’une nouvelle langue vient s’ajouter la découverte d’un système d’écriture entièrement nouveau.
我,你,好,谢,想,吃……
L’expression « pour moi, c’est du chinois » prouve bien à quel point cette écriture est, pour nous Français, le symbole de « l’incompréhensible ». Pour quelqu’un qui n’a jamais appris le chinois, ces signes n’offrent aucune prise à notre cerveau. Comment les différencier ? Comment les mémoriser ? Combien va-t-il falloir en apprendre ? C’est souvent à ce moment-là qu’apparaît l’une des grandes inquiétudes des débutants : « Je veux bien apprendre le chinois, mais les caractères… ça me paraît vraiment compliqué. »
Cette difficulté n’est d’ailleurs pas simplement une impression. L’apprentissage de la lecture chinoise demande de construire des associations entre la forme graphique, la prononciation et le sens, selon des mécanismes très différents de ceux d’une écriture alphabétique. Plus de 80 % des caractères chinois modernes appartiennent à la catégorie des composés phonético-sémantiques, mais leurs composants ne permettent pas pour autant de déduire systématiquement leur prononciation comme nous pouvons le faire avec les lettres d’un alphabet.
Des centaines de caractères à mémoriser : un obstacle qui paraît immense
Le problème face aux caractères chinois est aussi d’ordre psychologique. Le débutant ne voit pas encore les régularités, les composants qui reviennent, les caractères qu’il reconnaîtra bientôt instantanément. Il voit une succession de signes complexes qu’il imagine devoir mémoriser un par un. Et surtout, il entend rapidement parler de milliers de caractères. Sa réaction première est assez logique : « Est-ce vraiment nécessaire ? » Car si son objectif principal est de communiquer avec des Chinois, il ne souhaite peut-être ni lire des romans en chinois ni pratiquer la calligraphie. Il veut juste parler.
Sa question devient alors parfaitement légitime : Puisque les caractères servent à lire et à écrire, pourquoi faudrait-il les apprendre pour parler chinois ?
Soyons clairs. Non, les caractères ne sont pas indispensables pour commencer à parler chinois.
Un caractère appartient au système d’écriture. Lorsque deux Chinois discutent ensemble, ils n’échangent évidemment pas des caractères : ils produisent et comprennent des sons, des syllabes, des tons, des mots et des phrases. On peut donc parfaitement connaître un mot chinois sans savoir comment il s’écrit. C’est même ainsi que tous les petits Chinois ont commencé à apprendre leur langue.

Un petit Chinois apprend sa langue maternelle selon un principe qui n’a, au départ, rien d’exotique. Comme un petit Français, il entend parler autour de lui bien avant de savoir lire. Il entend sa mère et son père. Il reconnaît progressivement certaines sonorités. Il comprend des mots. Puis il commence à les reproduire. Il dira « māma » (maman) et « bàba » (papa) bien avant d’être capable de reconnaître les deux caractères 妈 ou 爸 sur une page.
Les phrases arrivent ensuite. Pendant plusieurs années, l’enfant développe donc une langue essentiellement orale. Il possède déjà un vocabulaire, comprend de nombreuses structures et sait produire des phrases avant de commencer véritablement l’apprentissage systématique de la lecture et de l’écriture.
Ce point fondamental démontre quelque chose de très simple : les caractères ne sont pas une condition biologique ou linguistique permettant de parler chinois. La langue parlée existe avant l’écriture.
Les recherches sur l’acquisition de la lecture confirment d’ailleurs cette distinction générale : contrairement au langage oral, qui se développe chez l’enfant par l’exposition et l’interaction, la lecture nécessite normalement un enseignement spécifique. C’est particulièrement vrai pour la reconnaissance des caractères chinois. Lorsque l’enfant chinois apprend ensuite à lire, il associe donc très souvent une forme graphique nouvelle à un mot qu’il connaît déjà oralement. Il connaît māma. Il découvre ensuite 妈妈. Autrement dit, il ne découvre pas nécessairement en même temps le son, le sens et la forme graphique.
Pourquoi un adulte français n’apprend-il pas dans les mêmes conditions ?
C’est vrai, après tout ! Puisque les enfants chinois apprennent d’abord sans caractères, faisons exactement la même chose avec les adultes étrangers. C’est possible. Mais la comparaison a une limite importante : un enfant chinois et un adulte français n’apprennent pas le chinois dans les mêmes conditions.
L’enfant vit dans sa langue. Il l’entend plusieurs heures par jour, tous les jours. On lui parle lorsqu’il mange, joue, s’habille ou se promène. Les mêmes mots reviennent des centaines de fois dans des situations différentes. Lorsqu’il ne comprend pas, le contexte l’aide. Lorsqu’il prononce mal ou utilise un mot de manière incorrecte, les réactions de son entourage lui fournissent constamment des informations.
Un adulte français qui apprend le chinois depuis Chartres, Paris ou Lyon ne dispose généralement pas de ces milliers d’heures d’exposition. C’est la première différence. Il travaille peut-être vingt minutes ou une demi-heure par jour. Il suit éventuellement un cours une ou deux fois par semaine. Entre deux séances, il évolue presque exclusivement dans un environnement francophone.
Il existe une autre différence essentielle : l’adulte sait déjà lire. Il possède depuis des décennies un système très performant de traitement de l’information écrite. Il a l’habitude de voir un mot, de le reconnaître, de le relier à un sens et de le mémoriser. Lorsqu’il apprend un mot chinois, plusieurs informations nouvelles peuvent donc arriver presque simultanément :
Il doit construire des liens entre ces différentes représentations.
Il serait excessif d’en conclure que le cerveau adulte « a besoin » des caractères pour apprendre le chinois. Ce n’est pas vrai. Un adulte peut développer des compétences orales sans apprendre à lire. Mais contrairement au très jeune enfant, il possède déjà une compétence de lecteur dont il peut se servir pour apprendre.
Reste alors une solution apparemment idéale : puisqu’un adulte français maîtrise déjà l’alphabet latin, pourquoi ne pas écrire tous les mots chinois avec cet alphabet ? C’est précisément à cela que sert le pinyin.
Le pinyin est probablement l’un des outils les plus utiles jamais créés pour apprendre le mandarin. Il permet de représenter sa prononciation à l’aide de l’alphabet latin, complété notamment par les marques indiquant les tons. Le graphisme du caractère devient alors prononçable à celui qui connaît les règles de cette phontique.
Pour un francophone qui commence le chinois, l’avantage est considérable. Il peut immédiatement associer une représentation écrite aux sons qu’il apprend sans devoir auparavant mémoriser les caractères. Pourquoi alors ne pas continuer ainsi indéfiniment ?
Ce que le pinyin permet de faire
Le pinyin est particulièrement précieux au début de l’apprentissage. Il permet d’apprendre le système phonétique du mandarin, de travailler les initiales et les finales, de visualiser les tons et de noter la prononciation des mots nouveaux. Son rôle pédagogique est tellement important qu’il est également enseigné aux enfants en Chine continentale. Le ministère chinois de l’Éducation le présente comme un outil permettant notamment de relier la langue orale quotidienne aux caractères et d’aider les enfants dans l’apprentissage de la lecture.
Il faut donc éviter une erreur assez fréquente : opposer pinyin et caractères comme si l’un devait nécessairement remplacer l’autre. Le pinyin est extrêmement utile. Mais il a une fonction précise.
Le pinyin n’est pas l’écriture du chinois et ne la remplacera jamais
Le pinyin est un système de romanisation : il représente phonétiquement le mandarin avec des lettres latines. Il sert à indiquer la prononciation des caractères. La législation chinoise elle-même le définit comme un outil de transcription et d’annotation phonétique, notamment utilisé lorsque les caractères ne peuvent pas ou difficilement être employés.
Il ne remplace donc pas les caractères dans l’usage ordinaire de la langue écrite. Un journal chinois n’est pas publié en pinyin. Les messages entre Chinois ne sont pas normalement rédigés intégralement en pinyin. Les panneaux, les livres, les sites internet et les documents professionnels utilisent les caractères. Même les noms de société occidentales sont écrits en caractères chinois. Par exemple : ALSTOM devient 阿尔斯通.
Petite anecdote qui m’a marqué. Lors de mon entrée chez mon premier employeur, j’ai été installé dans un bureau avec des ingénieurs qui savaient que je parlais chinois. L’un d’eux m’a dit très gentiment d’ailleurs : « Tu as appris le chinois. Tu as dû passer beaucoup de temps à apprendre les caractères. C’est dommage car dans moins de 10 ans ils seront remplacés par l’alphabet, comme au Vietnam. » Je n’ai rein répondu mais aujourd’hui, s’il y a une chose dont je suis sûr c’est que jamais la Chine supprimera ses caractères. Ils sont la culture chinoise et son identité-même.
Décider de rester exclusivement au pinyin revient donc à apprendre une représentation phonétique de la langue tout en renonçant volontairement à son système d’écriture. C’est passer à-côté du coeur de la culture chinoise, dans une vision finalement très utilitariste de la langue.

Le mandarin dispose d’environ 400 syllabes possibles, un nombre relativement restreint par rapport à de nombreuses langues alphabétiques. Même en tenant compte des tons, plusieurs caractères et morphèmes différents peuvent avoir exactement la même prononciation.
Prenons un exemple très simple parmi tant d’autres :
À l’oral, cela ne signifie évidemment pas que les Chinois passent leur temps à se demander de quel shì parle leur interlocuteur. Le contexte, les mots composés et la structure de la phrase lèvent normalement l’ambiguïté.
Mais pour l’apprenant, le problème est différent. S’il stocke pendant des mois tout son vocabulaire exclusivement sous forme de pinyin, plusieurs mots différents finiront par posséder des représentations visuelles très proches, voire identiques. Les caractères apportent alors un moyen supplémentaire de les distinguer.
Il serait tentant de fixer une frontière : « jusqu’au niveau débutant, oui ; ensuite, non ». La réalité est moins simple. Il existe des personnes capables de communiquer oralement dans une langue qu’elles lisent très peu. On le constate dans de nombreuses situations d’immersion. Quelqu’un vivant en Chine, entouré de Chinois et utilisant le mandarin quotidiennement peut développer une compétence orale importante sans posséder le même niveau en lecture.
Pour communiquer dans des situations simples : assez loin
Si votre objectif est de saluer, commander au restaurant, prendre un taxi, parler de votre famille, demander un renseignement ou tenir quelques conversations simples, les caractères ne constituent pas un préalable indispensable. Et il peut même être pédagogiquement judicieux, au tout début, de ne pas laisser leur difficulté ralentir le travail de prononciation et l’envie de parler. Quelqu’un qui vient de commencer le chinois doit pouvoir très rapidement produire ses premières phrases. Il n’a aucune raison d’attendre de savoir les écrire.
Plus votre vocabulaire augmente, plus le tout-pinyin devient inconfortable
La situation évolue lorsque le nombre de mots connus augmente. Vous devez alors organiser un lexique de plus en plus important, distinguer des mots proches et reconnaître les éléments qui les composent. C’est là que l’écriture chinoise commence à fournir des informations supplémentaires.
Un caractère correspond typiquement à une unité de sens, un morphème, et les mots chinois sont très souvent construits par combinaison de ces unités. Lorsqu’on commence à reconnaître les caractères, le vocabulaire cesse progressivement d’apparaître comme une succession de syllabes qu’il faudrait retenir arbitrairement. On commence à voir des familles, des récurrences, des constructions, … une culture.
Se passer des caractères, c’est aussi se couper d’une partie immense de la langue
Il existe enfin une limite très concrète. Même si votre objectif initial est « seulement de parler », vous serez rapidement confronté à de l’écrit : un message reçu sur WeChat ; un menu ; le nom d’une station ; un sous-titre ; une adresse ; le nom d’un collègue ; une recherche sur internet ; une application chinoise ; un document professionnel.
À mesure que votre apprentissage progressera, la séparation stricte entre « parler chinois » et « lire le chinois » deviendra donc de plus en plus artificielle. Vous pouvez privilégier l’oral et décider que l’écriture manuscrite n’est pas votre priorité. Mais si vous voulez apprendre durablement le chinois, refuser de reconnaître les caractères vous privera d’une dimension omniprésente de la langue.
C’est sans doute le paradoxe le plus intéressant. Au début, les caractères vous apparaitront comme une difficulté supplémentaire dont vous aimeriez vous débarrasser pour pouvoir enfin parler. Puis, progressivement, ils deviendront un moyen de mieux organiser votre apprentissage. Ils deviendront une aide.
Attention cependant : cela ne signifie pas que montrer systématiquement des caractères à un débutant améliore automatiquement sa mémorisation orale.Une étude menée sur 30 adultes apprenant le chinois a précisément comparé l’apprentissage de mots entendus avec ou sans présentation de caractères. Les résultats sont beaucoup plus nuancés : certaines formes graphiques n’amélioraient pas le rappel oral, tandis que des caractères fournissant des informations phonologiques partielles ou sémantiquement peu transparentes pouvaient même gêner temporairement cet apprentissage.
Autrement dit : les caractères ne sont pas une formule magique pour apprendre à parler. C’est la manière dont on les introduit et dont on construit progressivement les liens entre son, sens et forme qui importe.
Le caractère relie une forme, un son et un sens
Prenons le caractère 我. L’apprendre n’est pas simplement savoir le reproduire. C’est construire une association : 我 ↔ wǒ ↔ moi / je
Ces trois dimensions — forme graphique, prononciation et sens — occupent une place centrale dans les modèles de reconnaissance et d’acquisition des caractères chinois. Les recherches sur les apprenants de chinois langue étrangère montrent précisément l’importance des interactions entre orthographe, phonologie et sémantique. Avec le temps, l’apprenant n’a plus besoin de passer systématiquement par le français. 我 devient directement une unité chinoise qu’il reconnaît, entend et utilise naturellement.
Les caractères permettent de mieux comprendre comment les mots sont construits
Prenons maintenant 电话 (diànhuà), le téléphone. Si l’apprenant ne connaît que la suite sonore diànhuà, il peut évidemment mémoriser le mot et l’utiliser correctement. Mais lorsqu’il découvre 电, lié notamment à l’électricité, et 话, lié à la parole ou aux propos, le mot acquiert une structure. Il y a une certaine logique à concevoir le téléphone comme une « parole électrique ». Le nouvel objet combine des idées plus anciennes pour former un nouveau mot, comme dans téléphone : combinaison de « télé » (loin) et « phone » (le son).
Même phénomène avec 电脑 (diànnǎo), ordinateur : 电 + 脑, littéralement « électrique » + « cerveau ». Ou encore avec 火车 (huǒchē), train : 火, feu, et 车, véhicule.
Il ne faut évidemment pas transformer chaque mot chinois en devinette étymologique. Le sens moderne d’un mot ne se réduit pas toujours à la somme littérale de ses caractères. Mais apprendre à reconnaître certains caractères fréquents permet de percevoir des relations entre des mots que le pinyin seul rend beaucoup moins visibles.
Le caractère n’est alors plus seulement « quelque chose qu’il faut apprendre pour écrire ». Il devient un élément permettant d’organiser le vocabulaire. Et cette organisation peut indirectement servir l’oral, puisque parler suppose précisément de disposer d’un vocabulaire suffisamment solide pour retrouver rapidement les mots dont on a besoin.
C’est ici que se cache l’un des plus grands malentendus. Lorsqu’un débutant entend : « Il faut apprendre les caractères chinois », il imagine souvent : « Il faut que je sois capable de reproduire de mémoire des milliers de signes sur une feuille blanche. » Ce sont deux affirmations très différentes.
Reconnaître un caractère et savoir l’écrire sont deux compétences différentes
Vous pouvez parfaitement voir 我 et savoir immédiatement qu’il s’agit de wǒ, « je/moi », tout en étant incapable de le reproduire correctement de mémoire quelques minutes plus tard. Cela peut sembler étrange à un francophone parce que, dans une langue alphabétique, lecture et écriture sont fortement liées par un nombre limité de lettres. Avec les caractères chinois, l’écart entre reconnaissance et production manuscrite peut être beaucoup plus important. Les chercheurs distinguent d’ailleurs explicitement différentes manières de mesurer la connaissance d’un caractère : être capable d’en donner la prononciation, le sens, ou les deux. « Connaître un caractère » n’est donc pas une compétence aussi binaire qu’on pourrait le croire.
Lire, taper et écrire à la main ne demandent pas la même maîtrise

Le numérique a encore renforcé cette distinction. Pour écrire 中国 sur un téléphone ou un ordinateur, on peut taper la phonétique zhongguo, puis sélectionner 中国 parmi les propositions. Il faut donc connaître la prononciation et surtout être capable de reconnaître les bons caractères. On peut parfaitement réussir cette opération sans être capable de tracer immédiatement 中 et 国 au stylo de mémoire.
Cela ne signifie pas que l’écriture manuscrite est inutile. Elle peut participer à l’apprentissage des formes graphiques et reste une véritable compétence, que l’enseignement chinois continue d’ailleurs de considérer comme importante. Mais pour un adulte étranger dont l’objectif prioritaire est la communication orale, il est parfaitement légitime de ne pas accorder exactement le même poids à toutes les compétences.
Le niveau de maîtrise dépend donc de votre objectif
Quelqu’un qui étudie le chinois à l’université, prépare certains examens, travaille sur des textes ou souhaite atteindre une maîtrise approfondie de la langue aura intérêt à développer une compétence écrite importante.
À l’inverse, quelqu’un dont l’objectif prioritaire est de converser avec des collègues chinois peut faire d’autres choix. Il pourra consacrer davantage de temps à la compréhension orale et à la prononciation tout en développant progressivement sa capacité à reconnaître les caractères les plus utiles.
Votre véritable choix n’est donc pas : « caractères ou pas caractères ? » mais plutôt : « de quelle maîtrise des caractères ai-je besoin compte tenu de mon objectif ? » Cette question est beaucoup moins angoissante.
Les caractères ne vous sont pas indispensables pour prononcer vos premières phrases mais ils vous deviendront progressivement de plus en plus utiles.
Là encore, deux excès sont possibles :
Ne faites pas des caractères une condition préalable pour commencer à parler
Si vous débutez, vous devez apprendre avant tout à écouter et à produire du chinois. Vous allez découvrir des sons qui n’existent pas en français, comprendre le fonctionnement des tons et commencer à construire des phrases. Tant que vous ne savez pas écrire, les caractères ne doivent pas devenir une barrière pour parler. L’enfant chinois nous le rappelle très simplement : la langue orale peut parfaitement précéder la maîtrise de l’écriture. Le pinyin joue alors pleinement son rôle : vous donner accès rapidement à la prononciation.
Mais ne restez pas trop longtemps dépendant du pinyin
Le pinyin est tellement confortable pour un Français qu’il peut aussi devenir un piège. Nous reconnaissons immédiatement ses lettres. Notre regard est naturellement attiré vers elles. Lorsque nǐ hǎo apparaît sous 你好, le débutant a toutes les chances de lire d’abord nǐ hǎo et d’ignorer presque complètement les deux caractères situés juste au-dessus. Ce comportement est normal.
Mais si le pinyin reste systématiquement présent pendant des mois ou des années, l’apprenant risque de ne jamais faire l’effort de reconnaître directement 你好. Le moyen qui devait lui permettre d’entrer dans la langue peut alors devenir une béquille dont il a du mal à se débarrasser.
Des recherches menées auprès d’anglophones montrent d’ailleurs que l’utilisation d’une orthographe alphabétique comme le pinyin influence la manière dont les apprenants construisent leurs représentations phonologiques du mandarin. Le pinyin n’est donc pas un support cognitivement neutre : il facilite certaines opérations, mais l’apprenant doit apprendre à l’utiliser pour ce qu’il est — un système de représentation de la prononciation.
Introduisez progressivement les caractères avec les mots déjà appris
C’est probablement là que se trouve le meilleur équilibre. Il n’est pas nécessaire de dire à l’apprenant : « Cette semaine, vous allez apprendre cinquante caractères sans rapport avec ce que vous savez dire. »
On peut au contraire faire apparaître progressivement la forme écrite des mots qu’il connaît déjà.
Le caractère n’est alors plus un objet abstrait ajouté artificiellement à votre programme. Il devient la forme écrite d’une langue que vous commencez déjà à comprendre et à utiliser.
C’est exactement ce qui rend intéressante la comparaison avec l’enfant chinois : non pas parce qu’un adulte devrait reproduire à l’identique son apprentissage, mais parce qu’elle nous rappelle un principe simple : le caractère doit être relié à de la langue :
Nous pouvons maintenant répondre sans tomber dans un oui ou un non trop simpliste.
Pour commencer à parler chinois : non. Vous pouvez très bien apprendre vos premiers mots, construire vos premières phrases et commencer à communiquer sans savoir lire les caractères correspondants. Le pinyin constitue même, à ce stade, un outil extrêmement utile pour travailler correctement votre prononciation.
Pour progresser durablement en chinois : les caractères deviennent en revanche de plus en plus utiles. À mesure que votre vocabulaire s’enrichit, ils vous permettent de distinguer visuellement des unités qui peuvent être proches à l’oral, de percevoir la construction de nombreux mots et d’accéder à l’ensemble de l’environnement écrit de la langue.
Pour maîtriser le chinois dans toutes ses dimensions : ils deviennent incontournables. Mais cela ne signifie toujours pas que vous devez savoir écrire à la main, de mémoire et sans hésitation, tous les caractères que vous êtes capable de reconnaître. D’ailleurs les Chinois eux-mêmes hésitent souvent quand il s’agit d’écrire à la main quelques caractères peu fréquents.
C’est probablement cette distinction qui vous permet de sortir du faux dilemme qui effraie tant de débutants. Vous n’avez pas à choisir entre « parler chinois sans jamais regarder un caractère » et « apprendre par cœur à écrire des milliers de caractères avant d’oser parler ».
Il existe une voie beaucoup plus progressive :
Dans cette perspective, les caractères cesseront d’être pour vous un obstacle et deviendront progressivement une autre porte d’entrée dans la langue chinoise.

Chez MandarinMaster, nous avons choisi de ne pas opposer apprentissage de l’oral et apprentissage des caractères. Notre objectif pédagogique premier reste la compréhension orale et l’expression orale mais nous considérons que l’écrit est un point d’appui pour y parvenir.
C’est pourquoi les caractères sont introduits dès le début, mais en quantité volontairement limitée : deux nouveaux caractères seulement par leçon. Nous ne demandons pas à l’apprenant de mémoriser brutalement des dizaines de caractères ni de transformer chaque leçon en exercice de calligraphie. Nous l’aidons à construire progressivement le lien entre une forme, une prononciation et un sens, sans que l’apprentissage de l’écrit prenne le pas sur celui de la langue.
Après la présentation de chaque nouveau caractère, un exercice d’écriture est néanmoins proposé. Écrire soi-même le caractère (en respectant l’ordre des traits) oblige à regarder sa structure, à distinguer ses différents éléments et à porter une attention beaucoup plus précise à sa forme. L’écriture est donc utilisée comme un moyen de favoriser sa mémorisation, et non comme une fin en soi.
Le caractère appris retrouve ensuite sa véritable place : celle d’un élément de langue que l’apprenant doit progressivement être capable de reconnaître, de comprendre, d’entendre et d’utiliser. C’est ainsi que nous concevons la relation entre oral et écrit chez MandarinMaster : l’écrit comme point d’appui, l’oral comme compétence à développer.
Conclusion
Si votre objectif d’apprenant est de commencer à parler chinois, n’attendez surtout pas de connaître les caractères pour vous lancer. Écoutez. Travaillez votre prononciation et vos tons. Apprenez vos premiers mots. Construisez vos premières phrases. Parlez le plus tôt possible, même imparfaitement !
C’est d’ailleurs ainsi qu’un enfant chinois commence à apprendre sa propre langue : il parle bien avant de savoir lire et écrire. Mais un adulte étranger n’apprend pas dans les mêmes conditions. Il ne bénéficie généralement pas des milliers d’heures d’exposition à la langue dont dispose un enfant chinois. En revanche, il possède déjà une compétence extrêmement puissante : il sait lire et peut utiliser l’écrit pour structurer son apprentissage.
Le pinyin constitue alors un formidable point d’entrée dans le chinois. Mais il doit rester ce pour quoi il a été conçu : un moyen de représenter la prononciation, pas un substitut permanent aux caractères.
À mesure que votre vocabulaire augmente, les caractères prendront progressivement tout leur sens. Ils vous permettront de distinguer des mots, de comprendre comment ils sont construits, de mieux organiser votre vocabulaire et, naturellement, d’accéder à tout l’univers écrit chinois.
Cela ne signifie pas pour autant que vous devrez savoir écrire à la main tous les caractères que vous connaissez. Reconnaître un caractère, savoir ce qu’il signifie, connaître sa prononciation et être capable de l’écrire de mémoire sont des compétences différentes. Leur importance dépendra de vos objectifs.
Sortez donc de l’alternative qui inquiète inutilement tant de débutants :
La bonne approche se trouve entre les deux :
Vous construirez ainsi, petit à petit, une relation directe entre le son, le sens et la forme écrite du chinois. Et les caractères qui vous semblaient au départ être l’un des principaux obstacles à l’apprentissage pourront progressivement devenir l’un des meilleurs moyens de mieux comprendre la langue.
C’est le choix que nous avons fait chez MandarinMaster avec seulement deux nouveaux caractères par leçon, associés à leur prononciation, leur sens et à un court travail d’écriture. Car, au fond, l’objectif n’est pas d’apprendre les caractères à la place du chinois mais de s’appuyer sur eux pour mieux apprendre le chinois — et surtout pour mieux le comprendre et le parler.
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