Apprendre le chinois
Introduction
Pour les apprenants en chinois, la prononciation reste le point le plus difficile de leur apprentissage. Lire les caractères ? Ça va encore. La mémoire visuelle aide beaucoup. Mais alors prononcer ? Il faut produire le bon son, et certains nous sont totalement inhabituels.
Pour aborder ce grand sujet de la prononciation du chinois, il faut d’abord en comprendre les caractéristiques. Qu’est-ce que le pinyin ? À quoi sert-il ? Pourquoi certaines lettres ne se prononcent-elles pas comme en français ? Les sons chinois ont-ils des équivalents dans notre langue ? Et pourquoi la hauteur de la voix peut-elle changer ce que l’on comprend ?
Comprendre le fonctionnement de ce système unique et sa différence avec la prononciation française est un préalable essentiel à vos premiers pas en chinois. Car le piège fréquent pour un francophone est de vouloir appliquer au chinois les réflexes de prononciation qu’il utilise depuis toujours en français.
Dans cet article, nous allons découvrir ces principales caractéristiques : la relation particulière entre caractères et prononciation, le rôle du pinyin (la phonétique officielle du chinois mandarin sur le continent), les différences entre sons chinois et français, l’importance de la syllabe et la particularité d’une langue tonale.
Vous n’apprendrez pas encore les sons ni les tons du mandarin. Ces sujets feront l’objet de guides spécifiques. Vous découvrirez les bases d’une langue unique au monde, qui requiert une exercice tout particulier au niveau de l’expression orale.
Réponse rapide
La prononciation du mandarin repose sur un système très différent de celui auquel un francophone est habitué. L’écriture chinoise sous la forme des caractères (sans alphabet phonétique) ne permet pas à un débutant de déduire directement leur prononciation. D’où la mise en place officielle du pinyin, un système qui transcrit la prononciation du mandarin avec notre alphabet latin.
Mais attention : les lettres du pinyin ne se prononcent pas nécessairement comme les mêmes lettres en français. C’est un des pièges fréquents des apprenants francophones.
Voici les principales caractéristiques à comprendre avant de commencer à travailler :
| Particularité | Ce que vous devez comprendre |
|---|---|
| Caractères chinois | Leur prononciation n’est pas directement lisible pour un débutant |
| Pinyin | Il transcrit la prononciation avec l’alphabet latin |
| Lettres du pinyin | Elles ne correspondent pas toujours aux sons français |
| Sons chinois | Certains n’ont pas d’équivalent exact en français |
| Syllabes | Elles jouent un rôle central dans l’organisation de la prononciation |
| Tons | La variation de hauteur fait partie du système sonore du mandarin |
| Mandarin standard | C’est la prononciation de référence enseignée aux apprenants |
Ne considérez pas la prononciation chinoise comme du français prononcé avec d’autres mots. Découvrez un système sonore unique, avec ses propres règles et ses propres distinctions.
La première particularité de la prononciation chinoise apparaît avant même que vous ouvriez la bouche.

Regardez ce mot : 中国
Sans connaître le chinois, vous n’avez aucun moyen de savoir spontanément comment le prononcer.
Comparez avec un mot français comme « Chine ». Même si vous ne l’avez jamais rencontré, votre connaissance de l’alphabet latin et des règles du français vous donne des indications sur sa prononciation.
Première chose à retenir : le chinois fonctionne différemment.
Les caractères ne sont pas un alphabet dans lequel chaque signe correspondrait à un son élémentaire. Un caractère représente une unité porteuse de sens et correspond, en mandarin, à une syllabe.
Reprenons l’exemple plus haut :
| Caractères | Pinyin | Français |
|---|---|---|
| 中 | zhōng | milieu, centre |
| 国 | guó | pays |
| 中国 | Zhōngguó | Chine (Empire du Milieu) |
Cette particularité a une conséquence très importante pour le débutant : apprendre à reconnaître un caractère et apprendre sa prononciation sont deux apprentissages liés, mais différents.
Lorsque vous apprenez :
| Chinois | Pinyin | Français |
|---|---|---|
| 人 | rén | personne |
| 水 | shuǐ | eau |
| 山 | shān | montagne |
vous devez progressivement créer une association entre la forme du caractère, sa prononciation et sa signification. Mais comment savoir que 水 se prononce shuǐ ? C’est précisément l’une des fonctions du pinyin.
Grâce à la phonétique officielle qui accompagne le caractère à apprendre (ou le panneau de signalisation en Chine), vous allez commencer à déchiffrer du chinois :
C’est du pinyin. Il utilise l’alphabet latin pour transcrire la prononciation du mandarin standard.
| Chinois | Pinyin | Français |
|---|---|---|
| 我 | wǒ | je, moi |
| 你好 | nǐ hǎo | bonjour |
| 北京 | Běijīng | Pékin |
| 中国 | Zhōngguó | Chine |
Pour un apprenant francophone, c’est évidemment très pratique. Vous n’avez pas besoin de savoir lire 北京 pour disposer immédiatement d’une indication sur sa prononciation : Běijīng.
Mais cette familiarité apparente est également à l’origine de l’un des principaux malentendus concernant la prononciation chinoise. En effet, le pinyin utilise les lettres a, b, c, d, j, q, x, z…, un francophone peut avoir l’impression qu’il sait déjà le lire.
Ce n’est pas le cas. Ces lettres appartiennent bien à l’alphabet que vous connaissez, mais les conventions permettant de les prononcer sont celles du pinyin, pas celles du français.
Autrement dit : Vous connaissez déjà les lettres du pinyin mais vous devez encore apprendre les sons qu’elles représentent. Cette distinction est fondamentale. Le pinyin n’est qu’un code de prononciation.
→ Pour aller plus loin : lisez notre article dédié : Qu’est-ce que le pinyin ?
Prenons simplement trois lettres utilisées dans le pinyin : j – q – x. Nous les connaissons parfaitement et savons les prononcer en français. Mais leur prononciation n’a rien à voir avec celle que nous connaissons en français.
Même problème avec : z – c – r. Notre cerveau de lecteur francophone possède déjà une interprétation automatique de ces lettres. Lorsque nous les voyons, nous avons naturellement envie de leur attribuer immédiatement un son. Manque de chance ! Ce ne sont pas les sons auxquels nous sommes habitués.
Les erreurs grossières de prononciation sont celles que nous pouvons entendre parfois dans les média lorsque l’on évoque le Président chinois (Xi Jinping).
Bien apprendre le pinyin c’est désapprendre la prononciation de certaines lettres. Considérez le pinyin comme un système à apprendre, et surtout pas comme du chinois écrit phonétiquement « à la française ».
Chaque langue utilise son propre système sonore. En apprenant à parler français pendant votre enfance, votre cerveau s’est progressivement habitué à reconnaître certaines différences sonores et votre bouche à produire certains sons. Ces automatismes sont devenus tellement naturels que vous n’avez généralement plus conscience de leur existence.
Lorsque vous commencez le chinois, certaines habitudes restent utiles et d’autres beaucoup moins.
| Ce que vous rencontrez | Ce qui change pour un francophone |
|---|---|
| lettres du pinyin | leur valeur peut être différente du français |
| nouveaux sons | certains n’ont pas d’équivalent français exact |
| distinctions sonores | certaines différences sont inhabituelles pour une oreille francophone |
| articulation | certains sons demandent des positions différentes de la langue ou des lèvres |
| aspiration | certaines oppositions reposent notamment sur la manière dont l’air est expulsé |
| tons | les variations de hauteur participent au système de prononciation |
Ne concluez pas que « le chinois est impossible à prononcer ». Comprenez que votre cerveau et votre appareil articulatoire rencontrent des distinctions auxquelles le français ne les a pas nécessairement habitués.
Cette différence explique également pourquoi deux sons chinois peuvent sembler presque identiques à un débutant alors qu’un locuteur chinois les distingue immédiatement.
C’est probablement l’une des idées les plus importantes à comprendre lorsque vous commencez. Face à un nouveau son, nous cherchons naturellement un point de comparaison : « Ça se prononce comme quoi en français ? » Cette stratégie peut être utile. Une comparaison avec un son français peut vous permettre de vous approcher rapidement d’une nouvelle prononciation.
Mais cette technique possède une limite : les systèmes sonores du français et du mandarin ne se superposent pas parfaitement. Il n’existe donc pas toujours un équivalent français exact.
« Ça ressemble à… » ne signifie pas « c’est le même son »
C’est une distinction que nous utilisons beaucoup chez MandarinMaster. Une approximation française peut servir de point de départ. Mais elle ne doit pas devenir votre prononciation définitive. La bonne prononciation se trouve souvent entre deux sons habituels.
Prenons l’exemple de 爸爸 qui se dit bàba en pinyin et veut dire papa. La bonne prononciation du « b » se trouve entre le « b » de « bébé » et le « pa » de « papa ».
Imaginez deux cercles représentant les sons du français et ceux du mandarin. Une partie se recoupe : certains sons sont proches. Mais chaque langue possède également des sons et surtout des distinctions qui lui sont propres.
Une autre caractéristique du mandarin est l’importance de la syllabe.
Prenons un exemple.
| Chinois | Pinyin | Français |
|---|---|---|
| 我 | wǒ | je, moi |
| 你 | nǐ | tu |
| 好 | hǎo | bon, bien |
| 吃 | chī | manger |
Chaque caractère présenté ici correspond à une syllabe. C’est toujours le cas en chinois.
Et lorsque plusieurs caractères sont associés dans un mot, les syllabes se suivent :
| Chinois | Pinyin | Français |
|---|---|---|
| 你好 | nǐ hǎo | bonjour |
| 中国 | Zhōngguó | Chine |
| 北京 | Běijīng | Pékin |
| 吃饭 | chīfàn | manger, prendre un repas |
En français, l’écriture fonctionne différemment. Le mot « restaurant » comporte dix lettres mais seulement trois syllabes : « res-tau-rant ». Les lettres s’assemblent pour former les syllabes, alors qu’en chinois chaque caractère correspond à une syllabe entière.
En chinois, la syllabe est une unité fondamentale qui est au coeur de l’organisation de la prononciation.
Impossible de présenter les caractéristiques de la prononciation chinoise sans mentionner les tons. Mais attention à une confusion fréquente.
En français aussi, nous faisons varier la hauteur de notre voix. Nous pouvons notamment utiliser l’intonation pour contribuer à exprimer une question, une surprise, une affirmation ou une émotion.
En mandarin, la hauteur de la voix possède en plus une fonction lexicale : le contour tonal associé à une syllabe participe à la distinction entre des mots. Le ton employé n’exprime pas une émotion mais donne le sens.
Voici l’exemple classique qui vous permet de comprendre immédiatement ce principe :
| Chinois | Pinyin | Français |
|---|---|---|
| 妈 | mā | maman |
| 麻 | má | chanvre |
| 马 | mǎ | cheval |
| 骂 | mà | gronder, insulter |
La base syllabique est identique (ma), mais seul le ton change. Pour un francophone, c’est une caractéristique complètement nouvelle du système linguistique.
Cela signifie surtout qu’en mandarin, le ton ne doit pas être considéré comme une décoration ajoutée à la prononciation. Il en fait partie. Tous les apprenants de chinois et les sinophones vous le diront : pas de chinois sans les tons.
Lorsqu’un débutant découvre que le chinois est une langue tonale, il peut être tenté d’associer les tons à quelque chose qu’il connaît déjà : l’intonation.
Les deux phénomènes concernent effectivement les variations de la voix, mais ils ne remplissent pas exactement la même fonction.
De même, il ne faut pas confondre ton, intonation et accentuation.
| Notion | Idée générale |
|---|---|
| Ton | participe à l’identité sonore d’une syllabe en mandarin |
| Intonation | concerne notamment la mélodie d’un énoncé ou d’une phrase |
| Accentuation | concerne la mise en relief relative de certaines syllabes ou éléments |
Vous n’avez pas besoin de maîtriser immédiatement ces distinctions techniques. Les connaître permet d’éviter une idée fausse et simpliste sur la prononciation chinoise : il suffit de monter de descendre. Le mandarin possède son propre système sonore.
Nous parlons couramment d’« apprendre le chinois » mais cette expression mérite une précision car la Chine possède une importante diversité linguistique. Lorsque MandarinMaster enseigne la prononciation du chinois, la référence est le mandarin standard, appelé en Chine : 普通话 (Pǔtōnghuà) = la langue commune
C’est cette variété dite « standardisée » qui sert notamment de référence dans l’enseignement. Cela ne signifie évidemment pas que toutes les personnes que vous rencontrerez en Chine parlent tous le mandarin exactement de la même manière.
Comme en français, il existe des accents, des habitudes régionales et des variations individuelles. Un locuteur de Pékin, de Shanghai, du Sichuan ou du Guangdong peut présenter certaines particularités de prononciation tout en parlant mandarin.
Cette réalité est importante pour l’apprenant. La prononciation enseignée vous fournit une référence commune, mais la langue que vous entendrez dans la vie réelle sera naturellement plus diverse. Si vous apprenez bien la langue « académique », comprendre les intonations ou accents locaux ne vous poserons pas de problème.
NB : nous ne parlons pas des langues locales, des dialectes ou des patois qui sont très nombreux en Chine et qui ne sont pas compréhensible même par les Chinois entre eux.
À ce stade, une distinction simple vous permettra de remettre toutes les pièces du puzzle en place.
Prenons un exemple.
| Élément | Exemple | Fonction |
|---|---|---|
| Caractère | 好 | représentation écrite |
| Pinyin | hǎo | transcription de la prononciation |
| Son | ce que vous entendez | réalisation orale |
Les trois sont liés mais ne sont pas la même chose.
Cette distinction explique une erreur fréquente chez les débutants : devenir très bon pour lire le pinyin sans nécessairement avoir construit une représentation suffisamment précise du son chinois correspondant.
Le pinyin doit donc être considéré comme un intermédiaire entre l’écrit et la prononciation, et non comme la prononciation elle-même. C’est aussi pourquoi l’audio reste indispensable lorsque vous apprenez une langue. Ce système de transcription vous indique comment un caractère ou mot doit être prononcé mais seul un modèle sonore vous permet réellement de l’entendre et de le reproduire.
Puisque le pinyin n’est qu’une transcription, ne pouvons-nous pas nous en passer ? Pourrait-on simplement apprendre 好 en écoutant directement sa prononciation, sans passer par hǎo ?
Vous l’avez compris, le pinyin n’est pas la langue chinoise elle-même. Les Chinois parlaient et écrivaient chinois bien avant sa création.
Mais pour un apprenant, le pinyin constitue un outil extrêmement pratique : il permet de noter la prononciation, de la retrouver dans un dictionnaire et de disposer d’un repère lorsque l’on découvre un nouveau caractère ou un nouveau mot.
Le pinyin n’est pas une transcription inventée uniquement pour aider les étrangers à apprendre le chinois. Les enfants chinois l’apprennent eux aussi à l’école pour travailler la prononciation du mandarin standard et l’associer progressivement aux caractères. À l’âge adulte, le pinyin reste notamment très utilisé pour saisir des caractères chinois sur un clavier ou un smartphone.
Notez bien que le pinyin n’est pas la seule phonétique chinoise. À Taïwan par exemple, la phonétique utilisée est le « bopomofo » avec son système d’écriture unique.
Conclusion
Au premier abord, la prononciation chinoise peut sembler déroutante. Vous découvrez des caractères qui ne vous indiquent pas comment les prononcer, un système de transcription utilisant des lettres familières mais avec des valeurs parfois différentes, des sons qui ne correspondent pas exactement à ceux du français et une langue dans laquelle les variations de hauteur jouent un rôle particulier.
Mais il y a une bonne nouvelle : ces différences peuvent être comprises progressivement.
La première étape consiste justement à ne pas appliquer automatiquement au chinois les habitudes acquises en français. Lorsque vous voyez du pinyin, ne partez pas du principe que vous savez déjà le lire parce que vous reconnaissez les lettres. Lorsque vous entendez un nouveau son, ne cherchez pas systématiquement son équivalent français. Et lorsque vous découvrez la prononciation d’un mot, rappelez-vous que vous entrez dans un système linguistique différent du vôtre.
C’est tout l’objectif de cette introduction aux bases de la prononciation chinoise : vous donner la carte avant de commencer le voyage.
Vous pourrez ensuite approfondir séparément le fonctionnement de la prononciation chinoise, comprendre précisément ce qu’est le pinyin, apprendre à le lire, découvrir pourquoi certaines prononciations posent problème aux francophones et comparer plus précisément les sons chinois et français.
Chez MandarinMaster, nous préférons en effet séparer les difficultés pour les rendre compréhensibles, plutôt que de présenter dès le départ une longue succession de règles phonétiques assez indigestes.
Une fois ces bases comprises, vous pourrez passer à l’étape suivante : découvrir plus précisément les sons et les tons du chinois, puis apprendre progressivement à les produire.
QUESTION FRÉQUENTES
Apprendre le chinois
Comment mémoriser les caractères chinois sans les oublier ?
8 octobre 26