Apprendre le chinois
Introduction
Bien prononcer le chinois est le défi majeur de tous les apprenants. Comprendre la logique des sons et des tons chinois est une chose. Maîtriser leur pratique en est une autre.
La maîtrise des tons est sans doute la difficulté majeure parce que c’est une nouveauté. Pour un francophone, l’idée qu’un même son puisse changer de sens selon la hauteur de la voix est assez déroutante.
Faut-il vraiment entendre et reproduire chaque ton pour bien parler chinois ? Pourquoi existe-t-il quatre tons, et parfois même un cinquième ? Et pourquoi les tons que l’on apprend dans les manuels ne ressemblent-ils pas toujours à ceux que l’on entend dans une conversation ?
La bonne nouvelle, c’est que le fonctionnement des tons chinois est beaucoup plus simple à comprendre qu’il n’y paraît. La véritable difficulté vient après : il faut apprendre à les reconnaître à l’oreille, à les prononcer correctement, puis à les utiliser naturellement lorsqu’on parle.
Dans cet article, nous allons d’abord comprendre comment fonctionnent les tons du mandarin, avant de voir pourquoi ils posent des difficultés particulières aux francophones et comment les travailler efficacement. Allez jusqu’à la fin et vous pourrez tester en ligne votre capacité à identifier les 4 tons chinois.
Réponse rapide
Et oui ! Le mandarin standard possède quatre tons principaux et un ton neutre.
Un ton correspond à une variation de la hauteur de la voix pendant la prononciation d’une syllabe :
| Ton | Exemple | Mouvement de la voix |
|---|---|---|
| 1er ton | mā | haut et stable |
| 2e ton | má | montant |
| 3e ton | mǎ | bas, avec une réalisation qui varie selon le contexte |
| 4e ton | mà | descendant |
| ton neutre | ma | léger et bref |
En chinois, le ton fait partie de la prononciation du mot. Une même syllabe prononcée avec un ton différent peut correspondre à un autre mot.
Mais savoir que le chinois possède quatre tons (plus un cinquième) et connaître leur courbe ne signifie pas encore que vous saurez les reconnaître lorsqu’un Chinois parle. C’est justement l’une des principales difficultés de leur apprentissage.
Car oui : connaître les tons, les reconnaître à l’oreille et savoir les prononcer sont trois compétences différentes.
Un ton est une variation de la hauteur de la voix pendant la prononciation d’une syllabe.
Lorsque nous parlons, notre voix n’est jamais parfaitement plate. Elle monte, descend, reste plus ou moins haute et varie constamment. C’est vrai en chinois, mais également en français.
La différence tient à l’usage que les langues font de ces variations.
En français, la mélodie de la voix sert notamment à exprimer une émotion, à mettre un mot en valeur ou à donner une certaine intonation à la phrase. Une phrase comme « Tu viens » peut, selon la manière dont elle est prononcée, ressembler à une affirmation, une interrogation ou une marque de surprise. Mais le mot viens reste le même mot.
En mandarin, la hauteur de la voix peut jouer un rôle supplémentaire : elle peut participer à l’identité même du mot. Prenons la syllabe ma. Prononcée avec différentes courbes mélodiques, elle peut correspondre à différents mots chinois :
Vous le voyez bien : la consonne et la voyelle sont les mêmes : m + a. Ce qui change ici, c’est le ton.
C’est pour cette raison qu’en chinois, le ton ne doit pas être considéré comme une décoration ajoutée à la syllabe. Il fait partie de sa prononciation.
On dit que le chinois est une langue tonale (en plus d’être tonique !!) parce que les variations de hauteur de la voix peuvent permettre de distinguer des mots.
Le chinois n’est d’ailleurs pas une exception. De nombreuses langues utilisent des systèmes de tons, notamment en Asie et en Afrique. Et toutes n’ont pas le même nombre de tons ni le même fonctionnement.
Toutes les langues chinoises n’utilisent pas le même système tonal. Le mandarin standard possède quatre tons principaux, tandis que le cantonais en distingue généralement six (neuf dans la classification traditionnelle) et que certaines variétés du minnan en possèdent davantage. Le nombre et le fonctionnement des tons dépendent donc de la langue chinoise parlée.
Pour un francophone, cette façon de distinguer les mots en mandarin demande une adaptation.
Lorsque vous apprenez le mot mǎ 马, par exemple, il est tentant de mémoriser :
ma = cheval
ton = troisième ton
Autrement dit, on apprend d’abord le son ma, puis on lui ajoute mentalement une information supplémentaire : « attention, troisième ton ».
À terme, il vaut mieux apprendre mǎ comme un tout.
De la même manière que vous n’apprendriez pas un mot français en oubliant une partie de ses sons, essayez de ne pas apprendre un mot chinois en oubliant son ton.
Cette habitude deviendra d’autant plus importante que votre vocabulaire augmentera.
Pour représenter les tons, on utilise souvent une échelle allant de 1 à 5, où 1 correspond à une hauteur basse et 5 à une hauteur haute.
Les quatre tons du mandarin ont chacun un profil particulier.
Le premier ton : haut et stable — mā
Le premier ton se prononce dans une zone relativement haute de votre registre vocal et reste stable. On le représente généralement ainsi : 5 → 5
En pinyin, il est indiqué par une barre horizontale : mā
L’erreur fréquente consiste à simplement allonger la voyelle. Or, ce n’est pas sa durée qui définit le premier ton : c’est avant tout le maintien d’une hauteur relativement stable.
Le deuxième ton : montant — má
Le deuxième ton part d’une hauteur moyenne et monte vers une zone plus haute : 3 → 5.
Il s’écrit : má
On le compare parfois à l’intonation montante que l’on peut utiliser en français pour poser une question. Cette comparaison peut donner une première intuition, mais elle a ses limites : le deuxième ton chinois possède son propre mouvement et ne doit pas dépendre de l’intention de votre phrase.
Le troisième ton : bas — mǎ
Le troisième ton est souvent présenté aux débutants comme un ton qui descend puis remonte : 2 → 1 → 4
D’où son signe : mǎ
Cette représentation est utile pour comprendre le système, mais elle peut aussi créer une mauvaise habitude si l’on imagine que chaque troisième ton doit obligatoirement effectuer une grande descente suivie d’une remontée très marquée.
Dans la parole naturelle, le troisième ton est souvent réalisé essentiellement dans une zone basse, et sa réalisation varie en fonction de ce qui vient avant et après.
C’est une des raisons pour lesquelles les apprenants qui connaissent parfaitement le dessin des quatre tons peuvent malgré tout avoir du mal à les identifier lorsqu’ils écoutent un locuteur chinois.
Le quatrième ton : descendant — mà
Le quatrième ton part d’une hauteur élevée et descend rapidement : 5 → 1
Il s’écrit : mà
Le mouvement est franc et descendant.
Là encore, certaines méthodes le comparent à un ordre prononcé sèchement en français. Cela peut aider à sentir le mouvement au début, mais il ne faut pas associer le quatrième ton à la colère : un mot au quatrième ton reste au quatrième ton dans une conversation parfaitement calme.
Voici donc le système de base :
| Ton | Pinyin | Mouvement |
|---|---|---|
| 1er ton | mā | haut et stable |
| 2e ton | má | montant |
| 3e ton | mǎ | bas, avec une réalisation variable |
| 4e ton | mà | descendant |
Ces quatre courbes sont un point de départ. Dans la langue parlée, les choses deviennent un peu plus souples, comme nous le verrons plus loin.
En plus des quatre tons, le mandarin possède ce que l’on appelle le ton neutre.
En pinyin, celui-ci est généralement écrit sans marque de ton.
Par exemple, dans : 妈妈 māma — maman
On parle parfois de « cinquième ton » pour faciliter l’apprentissage. Mais cette expression peut être trompeuse : le ton neutre ne fonctionne pas exactement comme les quatre autres.
Il est généralement plus court et plus léger, et sa hauteur peut notamment dépendre du ton qui le précède.
Il ne faut donc pas comprendre « neutre » comme « sans aucune hauteur de voix » ou « complètement plat ». Il possède bien une réalisation sonore, simplement différente du système des quatre tons principaux.
L’exemple mā / má / mǎ / mà permet de comprendre immédiatement le principe : modifier le ton peut conduire à prononcer un autre mot.
Cela explique pourquoi il est important d’apprendre le ton avec le vocabulaire.
Il faut cependant éviter une idée reçue : une erreur de ton ne signifie pas automatiquement que votre interlocuteur comprendra un mot totalement différent et que la conversation deviendra absurde.
Lorsque nous parlons, nous n’interprétons pas chaque syllabe isolément. Le contexte, la syntaxe et les mots environnants nous aident à comprendre.
Un Chinois pourra donc souvent comprendre un apprenant malgré une erreur ponctuelle.
Le problème devient plus important lorsque les approximations s’accumulent. Si plusieurs tons sont incorrects, que certains sons sont eux aussi imprécis et que le rythme de la phrase est inhabituel, votre interlocuteur dispose de moins en moins d’indices pour reconstruire ce que vous vouliez dire.
L’objectif n’est donc pas de développer une peur de « se tromper de ton ». Il est d’intégrer progressivement les tons à sa prononciation pour rendre son chinois plus facilement compréhensible.
Le pinyin est le système de transcription phonétique utilisé pour représenter la prononciation du mandarin avec l’alphabet latin.
Les tons y sont généralement indiqués par des signes placés au-dessus des voyelles : ā — á — ǎ — à
On obtient donc : mā — má — mǎ — mà
Dans certains contextes, notamment lorsqu’il est difficile de saisir les accents, vous rencontrerez également les tons indiqués par des chiffres : ma1 — ma2 — ma3 — ma4
Le ton neutre peut apparaître sous la forme ma5 ou ma0, ou simplement ma selon les conventions utilisées.
Les chiffres sont pratiques pour prendre des notes ou saisir rapidement du pinyin, mais les marques de tons permettent de visualiser immédiatement la courbe correspondante.
Si le fonctionnement du pinyin n’est pas encore clair pour vous, vous pouvez commencer par notre guide Qu’est-ce que le pinyin ?
Voilà un phénomène qui déroute beaucoup de débutants.
Vous apprenez soigneusement le ton d’un mot, puis vous écoutez un locuteur chinois… et vous avez l’impression d’entendre autre chose. C’est parfois réellement le cas.
Les tons peuvent subir des modifications en fonction des syllabes qui les entourent. On parle notamment de sandhi tonal.
Le cas le plus connu concerne deux troisièmes tons qui se suivent. Dans une séquence de ce type, le premier est généralement réalisé comme un deuxième ton.
Le mot 你好 nǐ hǎo, « bonjour », constitue l’exemple classique. Les deux syllabes sont lexicalement au troisième ton, mais dans la prononciation, nǐ subit une modification devant hǎo.
Des changements concernent également des mots extrêmement courants comme 一 yī (« un ») et 不 bù (« ne… pas »).
Il n’est pas nécessaire de maîtriser immédiatement toutes ces règles lorsque vous découvrez les tons. Retenez surtout une chose : la forme apprise isolément et ce que vous entendez dans une phrase ne correspondent pas toujours exactement.
C’est parfaitement normal.
Lorsque vous apprenez le chinois, vous aurez tôt ou tard besoin d’écrire du pinyin avec les marques de tons.
Pour les caractères chinois, les claviers et méthodes de saisie modernes fonctionnent généralement à partir du pinyin. Vous tapez la prononciation, puis sélectionnez le caractère souhaité.
Pour écrire spécifiquement du pinyin avec les marques ā, á, ǎ, à, plusieurs solutions existent selon votre ordinateur ou votre téléphone : clavier dédié, méthode de saisie prenant en charge le pinyin accentué, caractères spéciaux ou outils de conversion.
Pour une prise de notes rapide, vous pouvez aussi utiliser temporairement les chiffres :
wo3 xiang3 xue2 zhong1wen2
plutôt que d’essayer immédiatement de saisir toutes les marques.
En revanche, pour apprendre du vocabulaire, je recommande de conserver autant que possible les véritables marques de tons : elles permettent de visualiser beaucoup plus rapidement la prononciation.
Ce n’est pas parce que les francophones seraient incapables de faire monter ou descendre leur voix. Nous le faisons en permanence lorsque nous parlons français.
La difficulté est ailleurs. Notre cerveau n’a pas été entraîné à accorder à ces variations de hauteur la même fonction linguistique qu’en mandarin.
Un francophone débutant peut très bien entendre deux syllabes chinoises comme étant « les mêmes », alors qu’un locuteur natif perçoit immédiatement une différence pertinente.
À cela s’ajoute une deuxième difficulté : nous avons tendance à utiliser les habitudes mélodiques du français. Nous pouvons ainsi comprendre intellectuellement qu’une syllabe doit monter ou descendre tout en produisant instinctivement une courbe influencée par notre propre langue.
Enfin, beaucoup d’apprenants veulent très vite prononcer les tons sans avoir suffisamment appris à les entendre. Or, reproduire précisément une distinction que votre oreille identifie encore mal est forcément difficile.
La bonne nouvelle est que cette perception se travaille. Avec l’exposition et un entraînement adapté, votre cerveau apprend progressivement à accorder davantage d’attention aux informations tonales.
C’est une distinction essentielle.
Vous pouvez parfaitement savoir que :
Vous pouvez même savoir dessiner les quatre courbes sans hésitation.
Dans ce cas, vous connaissez les tons.
Mais prenez maintenant une syllabe prononcée sans indication écrite. Êtes-vous capable de dire immédiatement quel ton vous venez d’entendre ?
Si ce n’est pas le cas, vous ne savez pas encore systématiquement les reconnaître. Ce n’est ni anormal ni contradictoire. Ce sont simplement deux étapes différentes de l’apprentissage.
On peut représenter la progression ainsi : Connaître → reconnaître → produire → automatiser
C’est aussi pourquoi mémoriser quatre courbes sur une feuille ne suffit pas à maîtriser les tons chinois.
Vous connaissez déjà les quatre tons, mais vous avez du mal à les distinguer lorsque vous écoutez du chinois ? Découvrez comment reconnaître les tons chinois à l’oreille.
Chez MandarinMaster, nous considérons les tons comme une compétence qui se construit progressivement. Comprendre les quatre courbes est indispensable, mais ce n’est que la première étape.
Mon premier conseil aux débutants est d’exagérer les tons.
Au début, n’ayez pas peur de faire un premier ton très haut et bien plat, de faire clairement monter le deuxième, de descendre suffisamment bas sur le troisième ou de marquer franchement la chute du quatrième. Votre chinois pourra vous sembler un peu artificiel. Ce n’est pas grave.
Cette exagération a un objectif : vous obliger à percevoir et à produire des différences que votre oreille de francophone n’a pas encore l’habitude de traiter comme essentielles. Si vous cherchez trop tôt à imiter la subtilité et la vitesse d’un locuteur natif, les contours risquent au contraire de devenir flous et vos quatre tons de finir par se ressembler.
C’est un peu comme lorsqu’on apprend un nouveau geste : on commence par le décomposer et le réaliser consciemment avant de pouvoir l’exécuter avec naturel. Notre principe pédagogique est simple : « Exagérez d’abord, vous affinerez ensuite ».
Il ne s’agit évidemment pas de continuer à parler en exagérant chaque syllabe. L’exagération est une étape d’apprentissage. À mesure que votre oreille devient plus précise et que les mouvements de votre voix s’automatisent, vous pouvez progressivement réduire cette amplitude et vous rapprocher d’une prononciation plus naturelle.
Chez MandarinMaster, le travail des tons suit donc une progression : comprendre, écouter, reconnaître, exagérer pour mieux produire, puis automatiser.
Cette progression est importante, car connaître un ton ne signifie pas encore savoir le reconnaître, et savoir le produire sur une syllabe isolée ne signifie pas encore pouvoir l’utiliser naturellement dans une phrase.
L’objectif final n’est pas de réaliser quatre belles courbes de manière scolaire. C’est que le ton devienne une partie naturelle du mot, sans avoir à vous demander mentalement, à chaque syllabe, si votre voix doit monter ou descendre.
Vous connaissez maintenant les quatre tons chinois. Mais êtes-vous capable de les reconnaître à l’oreille ?
Écoutez chaque syllabe et identifiez son ton. Vous avez 10 questions. Essayez d’obtenir au moins 8/10.
9–10/10 — Excellente oreille !
Vous distinguez déjà très bien les tons isolés. Votre étape suivante consistera à les reconnaître dans des mots et des phrases.
7–8/10 — Très bon début
Vous reconnaissez la plupart des tons. Continuez à entraîner votre oreille, notamment sur ceux que vous avez confondus.
4–6/10 — Votre oreille commence à s’habituer
Vous connaissez les tons, mais leur reconnaissance n’est pas encore automatique. Réécoutez les questions et essayez une deuxième fois.
0–3/10 — Revenez aux contrastes
Commencez par comparer deux tons à la fois avant d’essayer d’identifier les quatre.
→ Découvrez comment apprendre à reconnaître les tons chinois
Conclusion
Les tons semblent très éloignés du français lorsque l’on découvre le chinois. Pourtant, leur principe devient rapidement compréhensible : la hauteur de la voix fait partie de la prononciation d’une syllabe et contribue à distinguer les mots.
Vous l’avez compris : le mandarin standard comporte quatre tons principaux et un ton neutre. Mais connaître leur forme n’est que la première étape.
Le véritable apprentissage commence lorsque votre oreille apprend à les reconnaître et que vous parvenez ensuite à les reproduire de plus en plus naturellement.
Retenez surtout cette règle lorsque vous apprenez du vocabulaire : n’apprenez pas le mot d’abord et son ton ensuite. Apprenez-les ensemble.
Vous connaissez maintenant le fonctionnement des quatre tons. L’étape suivante consiste à entraîner votre oreille.
→ Comment reconnaître les tons chinois à l’oreille ?
QUESTION FRÉQUENTES