Apprendre la prononciation
Introduction
L’apprentissage de la prononciation chinoise est le principal défi des apprenants. Certains ont de la peine à prononcer correctement les syllabes, d’autres les tons. Pour d’autres, c’est reconnaître les tons qui est le plus difficile. Pour d’autres enfin c’est de les retenir.
Vous reconnaissez un caractère chinois, vous connaissez parfaitement sa signification… mais au moment de le prononcer, impossible de vous souvenir de son ton.
买, c’est mái, mǎi ou mài ?
Cette situation est extrêmement fréquente chez les apprenants de chinois. Le problème ne vient pas forcément d’une mauvaise connaissance des quatre tons, mais plutôt de la manière dont le vocabulaire a été mémorisé.
Pour bien retenir les tons chinois, il faut créer une association suffisamment forte entre le caractère et sa prononciation pour que le ton vous vienne naturellement lorsque vous voyez le caractère.
Écriture du caractère avec son pinyin, prononciation à voix haute, exagération du ton, mouvements de la main, lecture à voix haute… Voici plusieurs méthodes très concrètes pour créer progressivement cet automatisme.
Réponse rapide
Pour mieux retenir les tons chinois, apprenez toujours le caractère et son ton en même temps. Lorsque vous découvrez un nouveau caractère, écrivez-le avec son pinyin et sa marque tonale tout en le prononçant à voix haute. Exagérez légèrement le ton et accompagnez-le éventuellement d’un mouvement de la main ou du bras.
Lors de vos révisions, ne considérez pas un caractère comme acquis si vous connaissez sa signification mais avez oublié son ton. Lisez également régulièrement le chinois à voix haute et apprenez progressivement les caractères à l’intérieur de mots et de phrases.
En multipliant les associations entre ce que vous voyez, ce que vous écrivez, ce que vous prononcez, ce que vous entendez et les mouvements que vous effectuez, le ton fera naturellement et progressivement partie de votre représentation du caractère.
La première règle est probablement la plus importante : n’apprenez jamais un caractère chinois sans son ton.
Prenons : 买 — mǎi — acheter
Évitez de mémoriser trois informations indépendantes :
Essayez plutôt de créer immédiatement l’association :
买 → mǎi
Lorsque vous voyez 买, la prononciation mǎi doit progressivement vous venir comme un tout.
Le ton n’est pas une information facultative que l’on ajoute après avoir appris la prononciation. Il fait partie intégrante de la prononciation du caractère.
C’est une habitude très importante à prendre dès le début. Apprendre plusieurs centaines de mots sans leurs tons en pensant les ajouter plus tard vous obligera à réapprendre une partie du vocabulaire que vous pensiez déjà connaître. C’est trop bête !
Mieux vaut donc apprendre correctement 买 — mǎi dès la première rencontre avec le caractère.
Lorsque vous apprenez un nouveau caractère, ne vous contentez pas de le recopier plusieurs fois silencieusement.
Écrivez le caractère plusieurs fois en respectant l’ordre des traits, écrivez à chaque fois son pinyin avec la marque du ton et prononcez-le à chaque fois à voix haute en même temps.
Pour apprendre 买, vous pouvez par exemple écrire :
买 mǎi → prononcez mǎi
买 mǎi → prononcez mǎi
买 mǎi → prononcez mǎi
Vous associez ainsi plusieurs informations au même moment :
Le caractère que vous voyez + le geste d’écriture + le pinyin que vous écrivez + le ton que vous prononcez + le son que vous entendez. C’est un ensemble très solide qui vous servira de base.
Cette méthode est beaucoup plus riche que de recopier dix fois 买 en silence.
Veillez également à bien écrire le pinyin avec sa marque tonale :
mǎi et non mai
La marque placée sur la voyelle n’est pas un détail : c’est précisément l’information que vous cherchez à associer au caractère.
Vous pouvez appliquer la même méthode aux mots comportant plusieurs caractères :
中国 — Zhōngguó — Chine
价格 — jiàgé — prix
朋友 — péngyou — ami
À chaque fois : regardez, écrivez et prononcez.
Avec le temps, vous aurez de moins en moins besoin d’écrire le pinyin. Il vous sert au début de pont temporaire entre le caractère et sa prononciation.
Lorsque vous découvrez un nouveau caractère ou mot, n’ayez pas peur d’exagérer légèrement son ton.
Prenons deux caractères faciles à confondre :
买 — mǎi — acheter – Lorsque vous prononcez 买, faites bien sentir le troisième ton.
卖 — mài — vendre – Lorsque vous prononcez 卖, faites franchement descendre votre voix : mài ↘
Au début, cette prononciation peut vous sembler un peu exagérée. Ce n’est pas un problème. En donnant à votre cerveau une caractéristique sonore plus nette, il pourra l’associer plus vite au caractère.
Cette technique est particulièrement utile lorsque vous avez tendance à confondre deux tons.
Une fois le mot bien acquis, vous n’aurez naturellement plus besoin de prononcer son ton de manière aussi démonstrative. Exagérer les tons est une technique de mémorisation, pas une manière de parler chinois.
Vous pouvez renforcer encore l’association entre le caractère et son ton en ajoutant un mouvement.
Lorsque vous prononcez un caractère, un mot, voire une phrase chinoise, faites avec votre main ou votre bras un geste correspondant à la direction générale du ou des tons.
| Ton | Exemple | Mouvement |
|---|---|---|
| 1er ton | mā | mouvement horizontal → |
| 2e ton | má | mouvement qui monte ↗ |
| 3e ton | mǎ | mouvement qui descend puis remonte ↘↗ |
| 4e ton | mà | mouvement qui descend franchement ↘ |
Vous pouvez par exemple travailler la célèbre série :
妈 — mā — maman → mouvement horizontal
麻 — má — chanvre → mouvement ascendant
马 — mǎ — cheval → mouvement descendant puis remontant
骂 — mà — gronder / insulter → mouvement descendant
Le geste ajoute une dimension corporelle à la mémorisation.
Pour certains apprenants, cette association fonctionne particulièrement bien : lorsqu’ils hésitent ensuite sur le ton d’un caractère, ils retrouvent presque spontanément le mouvement qu’ils lui avaient associé.
Vous n’avez évidemment pas vocation à accompagner toutes vos conversations chinoises de mouvements de bras. Comme l’exagération des tons, le geste est une aide temporaire à la mémorisation. Vous pourrez l’abandonner lorsque le ton sera devenu automatique.
Cette règle est particulièrement importante si vous utilisez des flashcards ou une application de répétition espacée.
Imaginez que votre carte affiche : 买
Vous pensez immédiatement : « acheter ».
Est-ce suffisant ? Pas tout à fait.
Essayez systématiquement de retrouver : mǎi — acheter
Si vous connaissez parfaitement la signification de 买 mais que vous hésitez entre mái, mǎi et mài, le caractère n’est pas encore complètement acquis. Vous ne vous souvenez pas du ton ? Considérez simplement que le mot doit encore être révisé.
Lorsque vous révisez votre vocabulaire, vérifiez donc toujours deux choses :
Cette petite discipline vous évitera de développer une mauvaise habitude assez fréquente : connaître beaucoup de caractères en lecture tout en étant incapable de les prononcer correctement.
Certaines erreurs reviennent sans cesse.
Au lieu de travailler séparément les mots que vous confondez, mettez-les en contraste.
L’exemple classique est : 买 — mǎi — acheter / 卖 — mài — vendre
Prononcez alternativement : mǎi — mài / mǎi — mài / mǎi — mài
Exagérez légèrement la différence. Vous pouvez également accompagner mǎi du mouvement du troisième ton et mài de la descente du quatrième. Cette méthode est intéressante parce qu’elle transforme vos propres erreurs en exercice.
Chaque fois que vous constatez : « Je confonds toujours le ton de ces deux mots », notez-les ensemble et entraînez-vous précisément sur cette opposition.
Vous pouvez même créer une petite liste personnelle intitulée « les tons que je confonds » et la reprendre régulièrement.
La lecture à voix haute est l’un des meilleurs exercices pour renforcer sur le long terme l’association entre les caractères et leurs tons.
Lorsque vous lisez silencieusement, votre cerveau peut reconnaître graphiquement un caractère et comprendre sa signification sans nécessairement retrouver précisément sa prononciation.
À voix haute, ce raccourci n’est plus possible car vous devez prononcer le mot.
Prenez donc régulièrement un texte adapté à votre niveau et lisez-le quelques minutes à voix haute. Ne cherchez pas à aller vite. Au début, privilégiez la précision :
je vois le caractère → je retrouve sa prononciation → je prononce le bon ton.
Lorsque vous hésitez sur un caractère, vérifiez son pinyin plutôt que d’inventer approximativement sa prononciation. Prononcez-le ensuite plusieurs fois correctement avant de reprendre votre lecture.
La lecture à voix haute vous permet de travailler simultanément la reconnaissance des caractères, le vocabulaire, la prononciation et les tons.
Vous verrez. Grâce à la répétition, la vue du caractère déclenchera de plus en plus spontanément sa prononciation.
Créer un lien entre un caractère et son ton est indispensable, mais ce n’est qu’une première étape. Dans la langue chinoise réelle, les caractères apparaissent très souvent à l’intérieur de mots de deux caractères ou davantage.
Vous pouvez par exemple connaître : 价 — jià
Mais dans la pratique, vous rencontrerez très souvent : 价格 — jiàgé — prix
Il devient alors intéressant de mémoriser jiàgé comme un ensemble sonore, plutôt que de reconstruire mentalement les deux tons à chaque fois.
Même chose avec : 中国 — Zhōngguó — Chine
À force de prononcer le mot, Zhōngguó doit devenir une unité familière. Vous ne devriez plus avoir besoin de réfléchir consciemment : « Zhōng est au premier ton et guó au deuxième. »
La progression est donc la suivante : caractère + ton → mot + combinaison de tons → phrase + rythme naturel
C’est également pour cette raison que la lecture à voix haute vous est si utile : elle vous permet de rencontrer les caractères dans de véritables groupes de mots et non uniquement sur des fiches de vocabulaire.
Les différentes techniques présentées dans cet article ne sont pas concurrentes. Vous n’avez pas à choisir entre l’écriture, la prononciation, le mouvement ou la lecture à voix haute.
Au contraire, elles deviennent particulièrement efficaces lorsqu’elles sont combinées.
Imaginons que vous appreniez : 卖 — mài — vendre
Vous pouvez :
Vous avez alors associé le même caractère à une forme visuelle, une écriture, un son, une sensation vocale et un mouvement.
Plus vous créez de liens autour d’une même information, plus vous donnez à votre mémoire de possibilités de la retrouver.
Vous n’avez pas besoin d’appliquer éternellement toutes ces techniques à chaque caractère.
Elles sont surtout utiles lorsque vous découvrez du nouveau vocabulaire ou lorsqu’un ton refuse de rentrer.
Vous pouvez par exemple adopter cette petite routine :
Avec l’expérience, cette routine deviendra naturellement plus légère. Mais la meilleure des routines c’est celle qui vous convient le mieux. Et cela peut changer avec le temps.
Certains caractères seront mémorisés presque immédiatement. D’autres demanderont davantage de répétitions.
Le plus important est que vous trouviez la bonne méthode pour associer directement le caractère et sa prononciation avec le bon ton.
Il existe un test très simple.
Regardez : 买
Que se passe-t-il dans votre tête ?
Si vous pensez :
« Acheter… mai… c’est lequel déjà ? Deuxième ou troisième ton ? »
l’association n’est pas encore suffisamment solide.
Si mǎi vous vient spontanément, vous êtes en train de créer le bon automatisme.
Le but du jeu n’est pas de devenir super rapide pour réciter : « 买 est au troisième ton. » Le véritable objectif est justement de ne plus avoir besoin de penser au numéro du ton.
Vous voyez : 买 et vous prononcez naturellement : mǎi.
À ce stade, le ton n’est plus une information supplémentaire que vous devez rechercher dans votre mémoire. Il fait partie de la prononciation que vous avez associée au caractère.
Il est maintenant temps de mettre en pratique les méthodes présentées dans cet article.
Nous vous proposons d’apprendre 5 caractères chinois, puis de faire un petit quiz pour vérifier si vous avez réussi à associer chaque caractère à sa prononciation et à son ton.
Pour chacun des cinq caractères, regardez d’abord la vidéo pour observer comment il s’écrit. Prenez ensuite une feuille et recopiez le caractère et son pinyin avec la marque du ton, tout en le prononçant à voix haute.
Pensez à exagérer légèrement le ton et, si cela vous aide, à l’accompagner du mouvement de la main ou du bras correspondant.
Prenez votre temps : l’objectif n’est pas d’aller vite, mais de créer une association forte entre le caractère que vous voyez, ce que vous écrivez et le ton que vous prononcez.
Vous avez terminé ? Cachez les caractères que vous venez d’écrire et leur pinyin.
Nous allons maintenant vérifier si la méthode a fonctionné.
Pour chaque caractère qui vous sera présenté, choisissez sa prononciation avec le bon ton. Essayez de répondre spontanément, en vous rappelant la manière dont vous l’avez écrit, prononcé et éventuellement accompagné d’un geste.
Si certains tons vous sont venus immédiatement, c’est exactement l’automatisme que nous cherchons à créer. Si vous en avez oublié un ou deux, reprenez uniquement ces caractères dans l’exercice précédent, écrivez-les et prononcez-les à nouveau, puis refaites le test.
Conclusion
Vous l’avez bien compris : le ton fait partie du caractère.
Retenir les tons chinois demande du temps et surtout de la régularité. Mais le principe à garder en tête est finalement assez simple : ne séparez pas le caractère de son ton (de ses tons parfois) lorsque vous apprenez du vocabulaire.
Lorsque vous découvrez 买, apprenez mǎi. Lorsque vous écrivez 买, prononcez mǎi. Lorsque vous révisez 买, vérifiez que mǎi vous vient spontanément.
L’écriture du caractère et du pinyin, la répétition à voix haute, l’exagération des tons, les mouvements de la main et la lecture à voix haute sont autant de moyens de renforcer cette association.
Avec la pratique, vous devriez de moins en moins avoir besoin de vous demander : « Quel est le ton de ce caractère ? » La prononciation complète doit progressivement vous venir naturellement. 买 → mǎi
Chez MandarinMaster, c’est cet automatisme que nous tentons d’enseigner à nos apprenants.
Vous connaissez le ton d’un caractère lorsque vous le voyez écrit, mais vous avez du mal à identifier les tons lorsque vous entendez parler chinois ? C’est un autre problème, et il demande un entraînement différent.
Retenir un ton consiste à effectuer le chemin : caractère → prononciation avec le bon ton
Reconnaître un ton à l’oral consiste plutôt à effectuer le chemin inverse : son entendu → ton identifié → mot reconnu
Pour travailler cette deuxième compétence, consultez notre guide Comment reconnaître les tons chinois ? consacré à l’entraînement de l’oreille et à la reconnaissance des tons dans le chinois parlé.
QUESTION FRÉQUENTES